André Chicaud et Boris Taslitzky
lors du salon international des arts de Buxières-les-Mines (1997)
Il est temps de parler de ce peintre engagé qui nous a laissé de très nombreuses œuvres. Dans le cadre de l’exposition sur la déportation que notre Musée prépare actuellement, nous avons utilisé deux de ses œuvres. L’une d’entre elles représente celui que nous appelons affectueusement le Père Bavay, Louis, Auguste Bavay, le père de Tilou (Louis, Georges, Bavay). Boris Taslitzky rencontre Louis (Auguste) au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe où il réalise ce portrait. Il y fait aussi la connaissance d’André Chicaud qu’il représente également. Sur les murs du camp, il laisse des fresques monumentales dont il ne reste plus que des photographies conservées actuellement au Musée de la Résistance nationale de Champigny. Taslitzky est, pour Aragon, le Maître de Saint-Sulpice. Pour le peintre « Créer, c’est résister. » Déporté en juillet-août 1944 à Buchenwald, ainsi que Louis (Auguste) Bavay et André Chicaud, il croque nombre de ses compagnons de déportation. 111 de ses dessins sont publiés en 1946. D’autres artistes sont également détenus au camp. Le 7 avril 1945, Roman Jefimenko réalise un portrait de Boris Taslitzky au block 34 de Buchenwald. La libération du camp intervient peu de jours après. Après son retour de déportation, Taslitzky peint sur toile les moments les plus frappants de son expérience concentrationnaire : Le petit camp de Buchenwald en février 1945 (automne 1945, Musée national d’Art moderne), ou L’insurrection victorieuse de Buchenwald du 11 avril 1945 (1965, Musée de Saint-Ouen). C’est à lui aussi que nous devons une représentation de la mort de Danielle Casanova, née en 1909 à Ajaccio et décédée à Auschwitz-Birkenau en mai 1943. Cette responsable du rassemblement des femmes pour la résistance, arrêtée en février 1942 et déportée en janvier 1943, devient vite un symbole de la résistance féminine, sous l’impulsion de l’Union des femmes de France. Il convient de rappeler ici que cette organisation féminine joue un rôle important dans l’Allier et qu’un maquis bourbonnais, formé lors d’un rassemblement de volontaires à la ferme de Moladier (commune de Besson) le 6 juin 1944, porte le nom de Danielle Casanova. Le tableau de Taslitzky est exposé en avril 1950 à la Maison des Métallurgistes à Paris. Sur cette toile, le peintre a représenté sa propre mère, déportée en 1942 et assassinée à Auschwitz, afin que son destin rejoigne celui de Danielle Casanova.
« Si je vais en enfer, j’y ferai des croquis. D’ailleurs, j’ai l’expérience, j’y suis déjà allé et j’y ai dessiné !… »